Histoire de France en BD (Larousse) T9 - Charles VI - Jeanne d'Arc

Victor Mora - Jacques Bastian - Victor De La Fuente - Eduardo Teixeira Coelho

Histoire de France en BD (Larousse) - T9
Charles VI - Jeanne d'Arc
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Le combat solitaire de Jeanne

Dans le Moyen Age de carton-pâte où on l'imagine d'habitude, Jeanne d'Arc semble promise d'avance au succès, puis au martyre. Combien plus émouvante est la réalité ! Folie que son entreprise, si l'on revit les dangers, les misères, les doutes de cette époque troublée.

Personne ne pouvait affirmer alors que la France n'allait pas se diviser en plusieurs royaumes. Henri VI Platagenêt était le roi légal, et au regard du droit il n'était nullement un usurpateur. Des Seigneurs, des Parisiens, avaient fait appel à l'Etranger pour arbitrer la guerre civile : l'autre camp en eût fait autant, car la fidélité était due à la personne d'un roi, non à l'idée abstraite de patrie. Le sentiment national, hésitant et diffus, s'exprime avec difficulté. Jeanne d'Arc se fait le porte-parole d'un patriotisme populaire instinctif, et plus profondément enraciné que les querelles partisanes.

Parmi les prétendants à la Couronne, il fallait lucidité et courage pour choisir le faible Charles VII, qui poursuivait mollement, avec quelques centaines d'hommes, une guerre d'escarmouches autour de la Loire. Or, Jeanne ne lui apporte aucun réconfort matériel : c'est avec ces effectifs réduits qu'elle remporte ses victoires ; elle ne donna pas le signal d'une levée en masse de la population. Mais contre les apparences du pouvoir et la force brutale, elle se fit le champion de l'esprit.

C'est en cela que son intervention est proprement religieuse. Sans doute partage-t-elle avec ses contemporains une vison religieuse du monde. Mais personne, alors, ne croit vraiment que la foi puisse transporter des montagnes. Jeanne d'Arc entreprend de le démontrer d'où la méfiance qui l'accueille. L'Europe fourmille de prophètes, vrais ou faux, annonçant l'Evangile ; un croyant ne peut refuser le message, s'il vient de Dieu. Mais s'il venait du diable ? Pour bien montrer qu'elle se place en dehors des règles ordinaires, Jeanne d'Arc porte des habits d'homme, bravant un interdit majeur énoncé dans l'Ecriture. Surtout elle se met au service de la monarchie parce que ses -voix- le lui ordonnent. Mais plus d'une hérésie, au Moyen Age, ne commença-t-elle pas de cette manière ? Les accusations de sorcellerie ou d'hérésie portées contre elle ne furent pas seulement le fruit du cynisme.

Contre tous ces obstacles, Jeanne d'Arc mène un combat solitaire. A peine quelques fidèles, et ses hommes d'armes. La population ne participe guère à la lutte libératrice. La guerre de Cent Ans, c'est une poignée de soldats qui en affronte une autre. Et, loin des combats, lentement tourne la roue de la vie : naissances, mariages, morts, labours, semailles. Les spectateurs obscurs du drame, qui ne font pas la guerre, n'en pèsent pas moins sur le cours des évènements : par des révoltes contre l'impôt, par le ralliement progressif de la majorité à Charles VII, ils assurent eux aussi, la défaite des Anglais. Seuls, les auraient-ils -boutés hors de France-

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Deux histoires : Le roi fou (Dessin de Eduardo Coelho, texte de jacques Bastian) et Jeanne d'Arc (Dessin de Victor de La Fuente, texte de Victor Mora).

Livres de la série : Histoire de France en BD (Larousse)

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