Un coupable
Un coupable
146 pages
Il voyait très lucidement son affaire… L’innocence est un don, une grâce, ce n’était pas fait pour lui, il était né coupable, il s’était épuisé à vouloir changer cela, en vain il s’était battu, tout au
long de son affaire, tout au long de sa vie, c’était idiot, il était né vaincu, maintenant il voyait clair, au-delà de sa nuit. »
Fils d’un père breton, d’une mère algérienne, Ali François Caillou, étudiant en droit, a été arrêté dans une manifestation pacifiste, inculpe de violences à agents, incarcéré à la prison de la Santé. La Justice l’a pris par hasard, elle le garde, elle le juge. Nulle perversion dans le fonctionnement de la machine judiciaire, dont ce livre est la scrupuleuse radiographie. Elle va honnêtement du chemin elle broie l’innocent.
Innocent cet enfant sans joie, cet adolescent sans espoir ? Sa mère partie quand il avait huit ans, son père mort quand il en avait douze, une chambre déserte, un ami vaniteux, une maîtresse éphémère : « Le malheur d’Ali, plaide son avocat, c’est qu’il n’est de nulle part, partout déraciné, ballotté entre la France et l’Algérie. Entre les bateaux et les mandats, son malheur c’est l’errance, la solitude dans l’errance, c’est aussi la peur… »
Jean-Denis Bredin raconte ici, avec une simplicité poignante, l’histoire d’une double culpabilité : celle que fabrique une vie, celle qu’ordonne la justice. Il éclaire leur tragique complicité:comment elles se rejoignent, et s’accordent pour détruire un garçon de dix-huit ans. .

