Un jukebox dans la tête
Un jukebox dans la tête
146 pages
Une surprise de taille attend Jack Waterman, l'écrivain le plus lent de la ville de
Québec, lorsqu'il prend l'ascenseur ce matin-là. Une rousse de vingt-cinq ans,
mince et jolie, portant des lunettes orangées, lui donne des palpitations en lui
déclarant en douce : « J'ai lu tous vos livres et... je vous ai fait une petite place
dans mon coeur. »
Commence alors entre Jack et Mélodie un chassé-croisé d'affections qui hésitent,
avancent, oscillent, bafouillent et glissent vers une fragile histoire d'amour à
mesure que la machine à souvenirs déroule les aventures et mésaventures de
chacun. L'écrivain est étonné de s'éprendre de la jeune femme, car depuis qu'il a
été victime d'un accident vasculaire cérébral à Paris, il doute que son coeur puisse
à nouveau battre à l'unisson d'un tel sentiment.
Même si Waterman, cédant parfois à la mélancolie (que Léo Ferré appelait « un
désespoir qui a pas les moyens »), évoque au cours de leurs rencontres irrégulières
son agression à l'arme blanche à Key West, sa fuite de Paris à cause d'un voisinage
tumultueux et l'incendie de sa maison où ses manuscrits ont brûlé sous ses yeux,
ce qui est arrivé à Mélodie le touche bien davantage. Orpheline, celle-ci a été
trimballée d'un centre d'accueil à l'autre, maltraitée par la vie, la drogue, la
Direction de la protection de la jeunesse, et les hommes qui en bavaient pour elle.
Et justement, le voisin de palier de Jack Waterman pourrait bien être un de ces
hommes troubles avec qui elle a eu maille à partir, un videur de bar nommé Boris.
Voilà qui met Jack dans tous ses états et lui donne un courage qu'il n'aurait pas
autrement. Mais ses poings seront-ils à la hauteur de sa bravoure lorsqu'il décidera
de régler son compte à cet ancien lutteur ?
On s'en doute, cette histoire cousue d'histoires est aussi le récit d'une écriture, et
celle de Jacques Poulin est toujours empreinte de cette fine petite musique qui
résonne, feutrée, de roman en roman, à travers la ville de Québec, depuis bientôt
cinquante ans. Une petite musique d'accordéon, un brin nostalgique et féline, qui
serre le coeur et le rassure au fil des mesures et des amours qui naissent et
meurent, mine de rien.

