Splendeur de la catastrophe
Splendeur de la catastrophe
98 pages
La peinture philosophique propose un monde, une vision du monde. Elle manifeste une subjectivité, un tempérament, un caractère. En un mot : un Style. Un grand style si possible. Elle crée un univers et une façon de le dire. Au milieu des indigences généralisées, elle tranche par la formulation d’une cohérence.
Tournant le dos à la peinture métaphysique qui mérite souvent l’épithète par l’obscurité, l’ineffable et l’indicible habilement théâtralisés, loin d’un Chirico esthète, agençant des formes dans une collision destinée à produire des effets de mystère, à déclencher un genre d’étonnement, de questionnement sans satisfaction possible, la peinture philosophique fonctionne comme le discours philosophique.
Vladimir Vélickovic répond à toutes ces définitions de la peinture philosophique : peindre le réel sans concession, tel qu’il est, sans fioritures, loin de la décoration, dans le désir le plus cynique de le représenter tel qu’en lui-même l’éternité ne l’atteint pas ; figurer le monde, en proposer une iconographie quintessenciée ; agir dans le registre de la chose mentale ; fabriquer des icônes païennes à même d’exprimer le sacré laïque et immanent ; puis peindre un objet spécifique, et ne peindre que lui : le tragique, le réel tragique, l’homme tragique, la situation tragique, l’ambiance tragique, en un mot, peindre la catastrophe sous toutes ses formes. Depuis presque un demi-siècle, il ne vit et ne travaille que pour rapporter des images de ce monde.
L’ensemble de sa production se place sous cette obsession permanente. Cette thématique pessimiste qui, de Qohélet à Cioran, traverse le monde des idées, enseigne de vieilles évidences, d’antiques certitudes, mais que plus personne ne supporte, sature la peinture de Vélickovic : l’inconvénient d’être né ; la matière tragique du réel ; à brève échéance, la certitude du pire ; l’éternel retour de la négativité ; le triomphe de l’entropie; la toute puissance inévitable de la mort ; le goût des hommes pour la pulsion qui manifeste cet empire ; l’inéluctabilité du néant, quels que soient les artifices du divertissement ; l’histoire accouchant toujours dans le sang et les larmes ; l’impossibilité de tout espoir ; l’absence de dieux ; l’inexistence du sens ; la fiction d’un ordre naturel des choses ; la solitude abyssale de tout un chacun ; la méchanceté partout visible ; en un mot : la permanence de l’apocalypse… »
M. O.

