Pravda la survireuse
Pravda la survireuse
Pravda n' est pas seulement un nouveau personnage qui pulvérise la dramaturgie classique des bandes dessinées, elle répond à ce que Jung, philosophe de la sensibilité, appelle notre " inconscient collectif ".
Pravda, Don Quichotte du XXème siècle, ne lutte pas contre les moulins à vent: elle les prend d' assaut, elle les brise, rien ne lui résiste. Là où elle passe, " l' herbe ne pousse plus...".
Est-ce à dire qu' elle n' est qu' une version féminine d' Attila, un monstre allégorique qui incarne la violence de nos cités et le déchaînement de nos désirs refoulés ?
Pravda, c' est le chevalier à la quête du Graal. Elle va jusqu' au bout de la vérité en saccageant tout sur son passage: les " Etres-objets " ne trouvent guère plus de grâce à ses yeux que les machines.
Pravda ne s' en laisse jamais conter, elle ne capitule devant personne, même lorsque elle accepte de faire un bout de chemin dans le " Nirvanah " hippie avec un prince charmant ( beau ) qui plane...
Mais cette créature onirique vit perpétuellement en décalage par rapport aux être qu' elle croise et aux évènements qu' elle provoque: s' inscrivant en faux contre la mythologie d' un bonheur qui n' est que léthargie, elle applique la devise " être, c' est d' abord agir ". D' une péripétie à l' autre, Pravda n' accepte jamais de rester au point mort. Cette rage aussi la rend différente des autres héroïnes de bandes dessinées: elle explique la rébellion de la jeunesse actuelle, la soif de détruire pour créer autre chose, sans en avoir encore projeté dans l' avenir l' image e¬te.
Ici, on reconnaît l' écho profondément universel du personnage de Guy Peellaert, son humour corrosif, sa satire du monde mécanisé, des faux sentiments qu' il engendre: ses coups de patte ne sont jamais communs. Pravda sait rire, même si cela lui arrive de le faire au second degré: il y a dans son comportement une immense complicité, des clin-d' oeil au cinéma américain, à la société du " drug store " parisien, aux mille et un travers recensés par un regard critique qui ne perd jamais sa fraîcheur, même s' il est féroce, même s' il agite l' épouvantail de la violence et s' il implique qu' un jour la dynamite ferait sauter tout cela.
Au bout de son périple, Pravda tue celui qui avait rappelé la tendresse, pour se détacher d' une sentimentalité qui allait la rendre dupe. La boucle est bouclée.

