Post Mortem
Post Mortem
Madame Mère est morte, je l'avais oubliée depuis assez de temps, sa fin la restitue à ma mémoire, ne fût-ce que pour quelques heures, méditons là-dessus, avant qu'elle retombe dans les oubliettes. Je me demande si je l'aime et je suis forcé de répondre : Non, je lui reproche de m'avoir châtré, c'est vraiment peu de chose, mais enfin... elle m'a légué son tempérament et c'est plus grave, car elle souffrait d'alcalose et d'allergies, j'en souffre encore bien plus qu'elle et mes infirmités ne se dénombrent pas et puis... et puis elle m'a mis au monde et je fais profession de haïr le monde."
Narrant le deuil d'une mère à laquelle le liaient des sentiments ambigus, Albert Caraco s'est élevé, dans ce livre sobre et pénétrant, à la contemplation de l'éternel féminin. Comme aucun poète, il a su y peindre, sur un ton détaché et retenu, l'enracinement à la fois charnel et spirituel de la mère en chaque être humain.
Albert Caraco, né à Constantinople en 1919 dans une famille séfarade installée en Turquie depuis quatre siècles, est un écrivain et philosophe uruguayen d'expression française. Il a laissé une œuvre volumineuse, souvent jugée comme noire, nihiliste et pessimiste, souvent comparée à celle de Cioran. Plus conséquent que celui-ci, Caraco s'est suicidé en 1971.

