La panoplie littéraire
La panoplie littéraire
243 pages
Il est des réputations qui se nouent sans doute pour mieux étrangler ce dont elles sont l’objet et vous laissent, avec le temps, incrédule. Vraiment, ce n’était donc que cela, Bernard Frank ? Une plume bien huilée certes, mais caressant avec une telle affectation ses pleins et ses déliés, qu’il n’en reste après lecture que le sentiment de son extrême futilité. Mais sans doute est-ce cette futilité que l’on croyait devoir saluer dans les années soixante, quand la littérature française exaspérait par ses piètres engagements.
Bernard Frank vient à peine de publier deux ouvrages lorsqu’il se décide à écrire cette Panoplie littéraire. Une panoplie réduite à un pauvre équipement au demeurant : il y est surtout question de Drieu La Rochelle et de quelques aînés commodément méprisés, Sartre, Malraux. Bernard Frank affecte bien de nous raconter ses premiers pas dans la littérature, mais c’est surtout pour régler ses comptes avec l’un ou l’autre, dont l’histoire n’a pas retenu les noms. Tout le mérite de son livre est, au fond, de faire remonter à la surface les querelles de l’époque. Une atmosphère terriblement encombrée de vieilleries.
Le tout est suivi d’un essai sur Drieu, d’une légèreté incroyable, proposant par exemple une vision passablement romanesque de la Collaboration. Cavalier quand il se veut provocant, mondain plutôt qu’insouciant, Bernard Frank nous invite en retour à le dévisager comme une curiosité littéraire bien française. --Joël Jégouzo--

