Mon livre surprise

La société de défiance

Yann Algan - Pierre Cahuc

La société de défiance
(2007)
102 pages
Popularité

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Dans ce petit livre récompensé par le prix du livre d’économie 2008 les deux chercheurs du CEPREMAP tendent à démontrer une thèse simple : comment le climat de défiance qui existe en France entraîne un dysfonctionnement majeur de notre économie, qui se traduit par un coût social important, en termes d’emploi et de revenu.

Le premier constat est celui du niveau de suspicion des Français – mesurée par diverses enquêtes – vis-à-vis de nos institutions (marché, État, justice, école), niveau beaucoup plus élevé que celui des principaux pays développés, et qui nous rapproche des pays en voie de développement.

L’autre constat est le degré d’incivisme de nos compatriotes qui transparaît à travers la réponse à des questions simples. Il semble par exemple beaucoup plus normal aux Français de percevoir indument des aides publiques, ou encore de ne pas payer ses impôts, que dans d’autres pays européens. Les auteurs ne manquent pas de souligner que ces deux attitudes se renforcent : on est d’autant moins enclins de faire confiance à ses contemporains que l’on est soi-même susceptible de gruger son prochain !

Pour Yann Algan et Pierre Cahuc, cette attitude « française » n’est pas inscrite dans nos gênes, c’est un produit de l’histoire. Les mécanismes de défiance observés se sont mis en place au lendemain de la seconde guerre mondiale, et ils constituent le produit des traumatismes de la défaite de 1940 et de Vichy.

La société française a hérité de cette période une organisation sociale caractérisée par la coexistence du corporatisme et de l’étatisme.

Corporatisme par la multitude des statuts et des règlementations ; étatisme par l’importance des dépenses publiques. Ainsi notre modèle diffère-t-il fondamentalement du modèle scandinave – caractérisé par l’universalisme (c’est-à-dire une forme d’égalité des citoyens dans l’accès aux prestations publiques) et la prégnance de l’État-providence – et du modèle anglo-saxon, où une forte inégalité sociale coexiste avec la non-intervention de l’État.

Le modèle social français a pour conséquence la multitude des protections de toutes natures qui entravent le bon fonctionnement des marchés, et parallèlement la montée de la corruption, qui alimente à son tour la société de défiance.

Les exemples pris par les auteurs sont ceux des taxis parisiens (désormais classiques depuis le fameux rapport Attali), ou encore ceux de la grande distribution, qui a finalement bénéficié des multiples lois censées limiter son expansion.

Le modèle social français a aussi des graves conséquences sur le fonctionnement du marché du travail : la faiblesse des syndicats et le soupçon qu’entretiennent les différents partenaires sociaux entre eux obligent l’État à intervenir plus qu’ailleurs pour règlementer, ce qui empêche l’instauration d’un véritable dialogue social.

Ainsi s’expliquent les difficultés de mise en place de la « flexi-sécurité » chère aux Danois. Ou bien l’obligation d’instituer un salaire minimum qui empêche les entreprises d’adapter les rémunérations aux situations diverses des entreprises et des branches.

Les auteurs ont même chiffré le coût de ces dysfonctionnements à 1 500 euros par Français et par an !

Livres de l'auteur : Yann Algan - Pierre Cahuc